Le 22 septembre 2026
Communiqué de Presse
Le 22 septembre 2026, un webinaire « Thermo-sur-Seine, un maillon au sein du projet global de rénovation du réseau de chaleur » sera organisé par la SEMOP dans le cadre de la concertation préalable sous l’égide de la CNDP (Commission Nationale du Débat Public) concernant la construction de l’incinérateur Thermo-sur-Seine, à Vitry-sur-Seine.
Dans le dossier de concertation présenté sur internet par la maîtrise d’ouvrage, les alternatives à Thermo-sur-Seine sont les grandes absentes du débat. Cette question est pourtant fondamentale pour que les citoyens puissent évaluer la pertinence de l’implantation d’une usine polluante sur leur territoire, et s’assurer de la présentation de solutions alternatives fait partie de la lettre de mission de la CNDP.
Seules sont discutées les différentes localisations qui ont été étudiées par le porteur de projet pour la construction d’une usine d’incinération de déchets. À aucun moment le dossier n’évalue quelles solutions alternatives étaient disponibles pour alimenter le réseau de chauffage urbain de Paris sans cette usine, alors que de nombreuses autres solutions existent.
En tant qu’association nous n’avons ni les moyens financiers ni les moyens humains de préparer en quelques mois un plan détaillé des solutions alternatives. Nous souhaitons cependant que certains grands principes soient discutés dans le débat public pour éviter la construction d’un énième incinérateur en France alors que nous sommes déjà l’un des pays qui a le plus d’incinérateurs en Europe (30% des incinérateurs d’Europe se trouvent en France). En outre, rendre notre chauffage dépendant de nos déchets va à l’encontre du plan national de réduction des déchets.
Nous avons identifié quelques pistes pour le réseau de chaleur de Paris et nous demandons que celles-ci soient discutées dans le débat public.
1- Sortie de la vapeur
Le réseau de chaleur urbain de Paris est centenaire. Il dépend en grande partie de la vapeur, une technologie ancienne et dépassée.
C’est cette technologie qui impose la combustion alors que celle-ci est dangereuse en ville dans un contexte de dérèglement climatique. C’est une des raisons pour laquelle les réseaux de chaleur urbains modernes n’utilisent plus de la vapeur mais des boucles d’eau chaude.
Le plus grand réseau de chaleur d’Europe, situé à Copenhague, est actuellement constitué à 100% de boucles d’eau chaude – alors que comme Paris c’est un réseau qui a été construit au XXème siècle et qui fonctionnait auparavant à la vapeur. L’opérateur public HOFOR a réalisé un énorme travail de modernisation entre 2009 et 2021 pour éliminer la vapeur au profit de boucles d’eau chaude, ce qui a permis d’économiser 322 millions de kWh par an, soit la consommation de 20 000 logements.
Michel Namy, membre du Collectif 3R, interroge :
“Au lieu de moderniser son réseau vapeur pour le transformer avec des boucles d’eau chaude, Paris a choisi d’étendre son réseau et d’augmenter sa dépendance à la vapeur.Pourquoi les banlieusards devraient-ils payer de leur santé pour le choix de la Mairie de Paris de ne pas moderniser son réseau ?
Si Copenhague a pu le faire, pourquoi pas Paris ?“
2- Améliorer l’étanchéité des canalisations
Actuellement 60% des condensats (l’eau qui est récupérée après avoir fourni de la vapeur aux usagers) est perdu et est responsable d’après l’Apur d’îlots de chaleur urbains à Paris même en été.
Le contrat de concession signé avec le groupement DALKIA / EIFFAGE / RATP SOLUTION VILLE prévoit d’agrandir le réseau de plus de 200 km au lieu de s’attaquer à ce problème sur l’ensemble des 500 km du réseau historique. Les pertes de chaleur liées aux fuites d’eau sont telles que sans ces déperditions, Paris n’aurait peut-être pas besoin de construire un incinérateur à Vitry-sur-Seine.
Mathilde Rousseau, co-présidente du Collectif 3R, explique :
“Quand on lit le schéma directeur du réseau de chauffage parisien, on a l’impression d’une fuite en avant pour produire toujours plus de vapeur pour que le modèle économique tienne. C’est l’inverse de la sobriété. Comme s’il fallait absolument produire plus de vapeur au lieu de réfléchir aux besoins thermiques des usagers tout au long de l’année à une époque où les besoins en fraîcheur sont aussi essentiels que le chauffage.“
3- Les hôpitaux de l’APHP ont-ils toujours besoin de la vapeur ?
Une partie du réseau de chaleur de Paris sert à alimenter les hôpitaux de l’APHP (Assistance Publique des Hôpitaux de Paris). En effet, l’ensemble des hôpitaux de l’APHP sont raccordés au réseau de chaleur parisien.
Si ces raccordements avec de la vapeur sont le fruit de l’histoire de ce réseau construit au XXème siècle alors que Paris avait un climat plus tempéré, cette solution énergétique est-elle toujours la meilleure pour répondre aux besoins thermiques des hôpitaux au XXIème siècle ?
Les hôpitaux ont plus que jamais besoin d’une solution qui assure également une climatisation l’été. Or le réseau de chaleur actuel et le système interne de l’APHP ne sont pas adaptés pour cela. Une solution apportant un confort thermique été comme hiver doit être mise à l’étude pour l’APHP (rénovation d’ampleur, isolation, géothermie, solaire thermique, électrification, climatisation réversible, mise en place de pompes à chaleur…) même si cela ne dépend pas de la SEMOP.
Une sortie de la vapeur des bâtiments de l’APHP doit être étudiée. Cela limiterait considérablement les besoins en vapeur du réseau et réduirait donc la combustion.
Amélie Boespflug, co-présidente du Collectif 3R et médecin, témoigne :
“Je travaille à l’APHP, la situation pour les patients et le personnel soignant y est épouvantable lors des canicules. Nous en sommes à mettre des climatiseurs mobiles inefficaces, coûteux et désastreux en termes écologiques car les bâtiments ne répondent pas à nos nouveaux besoins thermiques.“
4- Évaluer la pertinence de continuer à faire de l’eau chaude sanitaire l’été en utilisant le réseau de chaleur ?
Toutes les villes qui ont adapté leur urbanisme à la chaleur utilisent beaucoup de solaire thermique pour l’eau chaude sanitaire.
Les abonnés du réseau de chaleur parisien reçoivent de la chaleur pour leur chauffage l’hiver et de l’eau chaude sanitaire toute l’année. L’eau chaude sanitaire produite l’été par le réseau de chaleur provoque des îlots de chaleur dans l’espace public mais également dans les logements des personnes raccordées. Cela est-il toujours pertinent quand nous savons que les canicules à Paris vont être de plus en plus nombreuses et de plus en plus fortes ? Ne faudrait-il pas arrêter de chauffer les rues de Paris en été ?
A cause de l’eau chaude sanitaire, Thermo-sur-Seine aurait besoin de fonctionner 11 mois sur 12, ce qui dégraderait l’habitabilité de la zone autour de l’incinérateur en cas de canicule en majorant la pollution à l’ozone et en augmentant la température nocturne.
5- Évaluer la pertinence de garder le gaz pour les pics de grands froids.
Le gaz est actuellement utilisé pour gérer les grands pics de froid l’hiver qui seront de moins en moins nombreux avec le dérèglement climatique. En zone urbaine dense, le gaz est un combustible beaucoup plus adapté que les déchets pour traiter des besoins ponctuels car il est beaucoup plus maniable et moins toxique qu’une usine d’incinération de déchets. Celle-ci a en effet besoin de temps pour s’allumer, et les arrêts-redémarrages fréquents augmentent énormément la toxicité car les filtres ne sont pas entièrement performants lors des mises en route.
Nous convenons qu’il faut sortir des énergies fossiles, mais la solution ne peut être de les remplacer par de la combustion de déchets, qui n’est une énergie renouvelable et de récupération que par une mystification comptable. Rappelons que les CSR sont essentiellement composés de plastique – dérivé du pétrole. On pourrait augmenter dans ces chaufferies gaz la part de gaz provenant de la méthanisation en améliorant la collecte des biodéchets des particuliers et en mettant par exemple en place une collecte publique dédiée pour les biodéchets issues de la restauration.

