Nous vous remercions d’avoir facilité une rencontre entre nos associations et Madame Timsit, Adjointe au maire de Paris chargée de la transition écologique, du Plan Climat, de l’eau et de l’énergie afin de discuter de l’implantation de l’incinérateur de déchets CSR Thermo-sur-Seine à Vitry-sur-Seine.
Il s’agit du plus gros projet d’incinérateur de ce type jamais construit en France, dans l’une des zones les plus densément peuplées du pays (500 000 personnes vivent dans un rayon de 4 km), pour brûler des déchets provenant de tout l’hexagone. Il serait implanté dans une zone en pleine densification avec 60 000 nouveaux résidents attendus entre le secteur Bruneseau et les Ardoines. Sa construction empêcherait la reconversion urbaine désirée par les habitants dans un territoire qui a été sacrifié pendant des siècles au bénéfice de Paris et qui porte les stigmates de la pollution industrielle.
Madame Timsit a admis que ce contrat à 15 milliards d’euros s’est conclu sans débat démocratique. Aucune consultation n’a eu lieu avec les populations de banlieue alors que 90% des installations qui produisent de la chaleur pour Paris y sont installées. Cela explique que le Conseil départemental du Val-de-Marne ainsi que les Conseils municipaux de Charenton-le-Pont, Ivry-sur-Seine, Vitry-sur-Seine, Alfortville, Choisy-le-Roi et Ris-Orangis aient voté des délibérations ou des vœux contre le projet. Cette opposition regroupe des élus de droite, du centre, de EELV, du PS et de LFI.
Thermo-sur-Seine est l’archétype du projet injuste pour les populations de banlieue. Si cet incinérateur se construit, nous brûlerons 3.6 fois plus de déchets par habitant dans le Val-de-Marne que dans les Hauts-de-Seine. En réaction, la contestation ne cesse de grossir. Le 31 mai 2026, plus de 500 personnes ont manifesté à Ivry et Vitry contre le projet. Le 1er juillet, plus de 250 personnes ont sifflé le représentant de Dalkia lors de la réunion de concertation organisée par la mairie de Vitry-sur-Seine, à laquelle la ville de Paris n’a pas osé envoyer un.e représentant.e, ce qui a également été vécu comme un manque de respect. Plus de 10 000 personnes ont signé une pétition contre le projet rédigée à l’initiative du Conseil départemental. Une plateforme commune de lutte contre l’usine a été constituée regroupant des syndicats de travailleurs, des syndicats de l’enseignement public, des associations de parents d’élèves, des associations locales de protection de l’environnement (ACID, ALIC et Collectif 3R) et des associations nationales (les Soulèvements de la Terre, les Amis de la terre, Cancer Colère, la CLCV, Zéro Waste France, Stop enfumage et la fédération CABE). Thermo-sur-Seine est vu comme un grand projet inutile et imposé. A ce titre, cette lutte pourrait devenir aussi emblématique et médiatique que les luttes contre les méga-bassines, le canal Seine-Europe ou Notre Dame des Landes dans un contexte national où 42 projets d’incinérateurs CSR sont à l’étude.
Madame Timsit nous a dit ne pas avoir de mandat pour décider ou non de l’abandon du projet d’incinérateur à Vitry-sur-Seine car cette décision dépend de vous. Nous sollicitons donc un rendez vous auprès de vous pour ré-interroger l’appel d’offre qui a conduit à l’attribution du réseau de chaleur au groupement DALKIA, EIFFAGE, RATP SOLUTIONS lors de la précédente mandature.
Nous souhaitons que vous demandiez à la CNDP un “débat public” avec des experts en réseaux de chaleur, en production de chaleur réellement écologique et en planification d’isolation des bâtiments, et non pas seulement une “concertation préalable”. Ce débat, qui doit associer les populations de Paris et de banlieue, doit contempler plusieurs scénarios dont l’abandon du projet de Thermo-sur-Seine. L’évolution du réseau de chaleur doit être axée sur le confort thermique toute l’année et sur l’adaptation aux canicules, plutôt que sur une augmentation de la production de chaleur dans un monde où Paris se réchauffe et ses besoins en chaleur vont diminuer. Brûler des déchets pour faire de la chaleur empêche également la mise en place de politiques ambitieuses de réduction des déchets, puisqu’il faut alors produire toujours plus de combustibles pour remplir les fours.
Vous n’avez pas pris la décision de construire l’incinérateur de déchets CSR Thermo-sur-Seine. Si vous choisissez néanmoins de poursuivre la construction de cette usine, vous risquez de devenir inaudible sur les questions de justice sociale, de justice environnementale et de santé publique.
Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Maire, l’expression de notre considération distinguée.
Myriam Goujjane et Gérard Marcon co-présidents de l’association ACID-Vitry,
Thomas Desalles président de l’association ALIC
Amélie Boespflug et Mathilde Rousseau Co-présidents de l’association C3R.
