Pas de méthanisation sans prévention et tri à la source des biodéchets!


La reconstruction de l’incinérateur d’Ivry-Paris XIII inclut la création d’une unité d’incinération, aussi appelée UVE, et d’une unité de séparation de la partie fermentescible des ordures ménagères, ou UVO. Si les travaux de l’UVE ont débuté il y a plusieurs mois, le projet d’UVO fait l’objet d’un moratoire pour encore un an et demi. Opposé à cette seconde usine, le Collectif 3R se mobilise contre la seconde unité du projet d’Ivry-Paris XIII depuis le début de l’année 2021 via un plaidoyer ciblant les intercommunalités membres du Syctom.

Un projet industriel polluant, dangereux et coûteux

Le projet IP13 du Syctom a été pensé comme la combinaison d’une unité de valorisation énergétique (UVE) et d’une unité de valorisation organique (UVO). Cette dernière a pour but de séparer la partie fermentescible du reste des ordures ménagères, c’est-à-dire sans tri à la source contrairement à ce qui est demandé avant 2024 par la directive cadre européenne sur les déchets de 2018. La partie organique ayant été mélangée avec d’autres déchets, elle ne pourra être valorisée en compost. L’idée du Syctom est de la méthaniser en mélange avec les boues des stations d’épuration du Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne (SIAAP). 

Ce projet, en plus d’être prochainement contraire à la loi, va à l’encontre de la prévention et du tri à la source. C’est également un projet potentiellement dangereux pour les riverains et excessivement coûteux pour les contribuables.

Pour contrer ce projet, le Collectif 3R a analysé les actions relatives aux déchets et  contacté tous les élus du Syctom. Ce sont eux qui auront le pouvoir de voter pour ou contre. Plus d’une vingtaine ont été rencontrés, dont le Président Eric Césari et les vices-président.e.s Colombe Brossel, Sabrina Sebaihi, Florentin Letissier, Richard Delepierre et Jean Laussucq.

Une faible importance donnée à la prévention 

Les intercommunalités sont en charge de la gestion des déchets en Ile-de-France. Elles ont l’obligation légale (article D2224-1 du code général des collectivités territoriales) de réaliser et communiquer au pubic tous les ans un rapport annuel du prix et de la qualité du service public de gestion des déchets (RPQS). Le Collectif 3R a pu se procurer le rapport 2019 de toutes les intercommunalités, à l’exception de celui du T2 et du T12. Un certain nombre d’informations doivent y figurer de manière obligatoire: or,  tous les rapports étudiés sont lacunaires ! 

Le manque d’informations fournies est particulièrement dérangeant pour des indicateurs essentiels à l’évaluation de l’efficacité de la prévention des déchets d’un territoire. C’est le cas du taux d’évolution des ordures ménagères résiduelles depuis 2010. Plusieurs intercommunalités ne fournissent pas ces chiffres et le Collectif a dû se baser sur les chiffres apportés par l’ORDIF.

Ces absences dénotent la faible importance donnée à ce qui est pourtant la priorité numéro un en termes de politique publique européenne et nationale sur les déchets : la prévention !

Des budgets opaques

Un autre manque notoire dans ces rapports est le suivi du budget. La plupart ne fournissent pas le détail des aides reçues de la part des éco-organismes. Pour rappel, les éco-organismes perçoivent une contribution de la part des metteurs sur le marché (exemple: le logo “point vert” sur les emballages), puis redistribuent cet argent sous la forme d’aides aux collectivités en charge de la collecte des déchets. 

Il est par ailleurs déplorable que le budget du Syctom dédié au tri et à la prévention (11,4 millions d’euros) ne soit même pas dépensé, faute de projets des collectivités…

Des informations lacunaires

Enfin, l’organisation de la collecte, principale compétence des intercommunalités, est fréquemment présentée de façon incomplète. Bien souvent, les seuils limites de prise en charge pour les producteurs non ménagers ne sont même pas indiqués.

Pour la bonne information du public, l’ADEME a réalisé un guide à destination des collectivités. La complétude de ces rapports est importante pour l’évaluation des politiques publiques de gestion des déchets. 

Des élu-e-s conscient-e-s des enjeux mais insuffisamment informés

Parmi les élus, on compte beaucoup de nouveaux arrivants au Syctom ou au sein des commissions déchets de leur intercommunalité. Certains ne maîtrisent pas encore toutes les problématiques. Pour que le discours du Syctom et de ses technocrates ne soient pas le seul audible, le Collectif 3R veut accompagner ces nouveaux élus en leur fournissant des informations éclairées sur les dossiers et projets en cours ou à venir. C’est notamment le cas sur le tri des biodéchets à la source, la tarification incitative, le projet d’unité de valorisation organique ou le projet Cometha. C’est en effet sur les projets du Syctom que les besoins en information sont les plus grands. Des élus, comme Florentin Letissier, 11ème vice-président du Syctom, y sont favorables : “Le groupe EELV souhaite associer les associations dans la gouvernance du Syctom et nous aimerions que le Collectif 3R soit auditionné par la commission Économie Circulaire pour nous donner son point de vue sur le sujet”.

Le Collectif 3R prend note d’actions très positives: par exemple en 2021 Paris a emboîté le pas à Charenton-le-Pont qui avait été pionnière dans la mise en place d’un tri à la source des biodéchets sur les marchés. Paris porte en effet l’ambition que d’ici fin 2021, 62 sur 78 marchés alimentaires parisiens soient équipés de bornes d’apport volontaires pour les biodéchets et que ces bornes soient généralisées sur tout l’espace public en 2022.

Source: 2021, Ville de Paris.

Plusieurs élus ont concédé que le tri des biodéchets est un vrai sujet pour leurs administrés et la question de leur valorisation est revenue à plusieurs reprises. Certains vont plus loin comme Marie-Hélène Magne de Paris Est Marne Bois qui envisage de “faire une zone de compostage ou de microméthanisation dans la nouvelle déchèterie du port de Bonneuil et créer ainsi des solutions locales de traitement de biodéchets”. Madame Magne poursuit “Nous aimerions, comme on parle du miel de Charenton, que l’on puisse parler du compost de Charenton” . D’autres encore  aimeraient mettre en place des expérimentations sur leur territoire (tri à la source des biodéchets, tarification incitative…) 

Lors du dernier conseil syndical du Syctom, le Collectif 3R a pu remarquer que ses arguments sont entendus. Gageons qu’une majorité d’élus ne se laissera pas duper par les arguments du Syctom et s’opposera à la seconde usine. Nous pourrons compter pour cela sur l’appui de Madame Brossel, première vice-présidente du Syctom, qui nous a affirmé “C’est une opinion que je porte devant le Syctom au nom de la ville de Paris et je pèserai de tout mon poids pour que cette opinion soit intégrée dans les décisions du Syctom.” 

Et maintenant, comment agir?

Interpellons nos élus avec ce formulaire prérempli pour leur faire part de nos attentes en matière de gestion écologique des déchets. Ce sont eux qui auront le pouvoir de décider du futur de la gestion des déchets en Ile-de-France ! 

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