À quoi sert le moratoire de 3 ans sur l’UVO, voté par le Syctom le 7 décembre 2019 ?


Le 7 novembre 2019, le Syctom votait en comité syndical, un moratoire de 3 ans sur l’UVO, l’unité de valorisation organique, c’est à dire la deuxième usine Ivry-Paris 13, dont la construction est prévue pour 2027. En clair aucun vote n’interviendra donc pour cette 2ème usine avant le début 2023.

Au cas où on aurait eu la tentation de fêter l’événement, la journée “Cométha” du 14 novembre 2019 serait venue refroidir nos espoirs. Cette journée venait clôturer la 1ère phase de recherche et développement du projet du Syctom et du SIAAP (Syndicat de traitement des eaux de la région parisienne) sur la co-méthanisation des boues de stations d’épuration et de la fraction fermentescible des ordures ménagères (qu’on appelle la FOR, fraction organique résiduelle). Cette recherche, initiée en septembre 2018 avec 4 groupements de start-ups, laboratoires de recherche, adossés à des industriels du déchet, aura vu pendant plus d’un an ces chercheurs et ingénieurs lancés dans une course frénétique à l’innovation sur comment augmenter la productivité de la méthanisation des déchets, par l’exploitation chimique et moléculaire des sous-produits de la méthanisation.

Lors de cette journée aussi technique qu’excitante pour l’assistance, Martial Lorenzo, Directeur général des services du Syctom, a réaffirmé son credo, à savoir que le tri à la source des restes alimentaires par la collecte en porte à porte, ne sera jamais efficace en région parisienne, et que la seule solution valable pour valoriser les biodéchets passe par l’extraction industrielle de la fraction fermentescible des ordures ménagères et leur méthanisation; et que c’est bien dans l’usine UVO d’Ivry que le Syctom ira chercher les 80 000 tonnes de FOR dont le projet Cométha aurait besoin en 2027.

Cette journée marquait la fin de la phase 1 du projet Cométha et le début de la phase 2, votée lors du conseil syndical du Syctom du 6 janvier 2020. Cette deuxième phase qui devrait voir la construction de 2 unités pilotes de méthanisation à Valenton et Achères, par 2 groupements finalistes, avec un budget conséquent d’une centaine de millions d’euros, s’étalera sur 3 ans, de 2020 à 2023, avant de rentrer en phase opérationnelle à partir de 2023. A cette date, le Syctom aura besoin d’un vote de son Conseil syndical, pour aller de l’avant dans son projet de 2ème usine à Ivry-Paris 13.

Autant dire que le Syctom, et les ingénieurs et chercheurs engagés dans ce défi technique, ont besoin de ces 3 années avant le choix définitif de la technologie qui sera appliquée à Ivry-Paris 13.

Nous voilà édifié : il s’agit d’un cadeau fait par le Syctom à la campagne électorale de la majorité à Ivry, un cadeau qui n’aura pas coûté un centime au Syctom ou si on préfère, une opération de poudre aux yeux destinée à endormir habitants et associations.

Qu’est-ce qui se trame au juste?

Les élu·e·s du Syctom ont voté en janvier 2017, avec la bénédiction du maire d’Ivry, la construction de l’UVE, l’usine d’incinération dont les travaux ont commencé en janvier 2019 et dont on peut voir l’immense chantier et ses grues depuis la rue Victor Hugo à Ivry. Il était impératif pour le Syctom de sécuriser d’abord la nouvelle usine d’incinération.

Quant à l’UVO (un gigantesque tri mécano-biologique sur 365 000 tonnes de déchets) elle a été amputée de sa partie méthanisation depuis la victoire de l’association Arivem de Romainville au tribunal administratif de Montreuil en 2013. Et le Syctom a préféré diviser l’énorme projet Ivry-Paris 13 à 2 milliards d’euros en deux usines: cela permet d’étaler le calendrier des investissements, emprunts et des travaux, mais aussi de saucissonner les enquêtes publiques et de mieux faire passer la pilule auprès des habitants et associations.

Qu’a prévu le Syctom pour l’UVO à Ivry?

Outre la préparation de 30 000 tonnes de biodéchets venant des collectes séparées de restes alimentaires ou biodéchets en porte à porte, l’usine serait consacrée à un “tri-préparation” pour l’incinération, qui permettrait de réduire le tonnage des 520 000 tonnes d’ordures ménagères résiduelles déversées à Ivry, par différents procédés :

  • un pré-tri des métaux
  • l’extraction de la FOR (Fraction Organique Résiduelle, c’est à dire les biodéchets restant dans les ordures ménagères résiduelles) par des procédés mécaniques (des machines) et biologiques (de la fermentation): il s’agit bien d’un tri mécano-biologique (TMB) dont on ne connaît pas encore tous les aspects techniques, mais dont on connaît le tonnage (365 000 tonnes d’ordures ménagères résiduelles avec 78 000 tonnes de FOR extraite). On sait également que l’hygiénisation à 70° de ces énormes masses de déchets fermentescibles, c’est à dire la phase initiale de la méthanisation, aura lieu à Ivry-Paris 13, avant le transport de la “soupe” sur les terres du SIAAP.
  • le restant des ordures ménagères serait sans doute séché de manière à préparer la Fraction Combustible Résiduelle (ou FCR) pour l’incinération.

Tout ça coûtera très cher en construction d’usines, en exploitation pour le plus grand profit de Suez et consorts. Mais vous l’avez compris : sans extraction de la FOR, c’est beaucoup moins intéressant.

Par exemple à Romainville, où les associations et la maire ont tenu bon et refusé le TMB, l’usine ne coûte QUE 200 millions d’euros pour un procédé de pré-tri et de séchage “naturel”.

L’histoire n’est d’ailleurs pas forcément finie pour Romainville puisque le Syctom vient de repousser le vote du projet à la prochaine mandature, sans doute peu satisfait des résultats de la concertation, et comptant sur un nouveau conseil municipal plus conciliant.

En bref : on veut bien faire des expérimentations sur la collecte séparée des biodéchets en porte à porte, pour satisfaire le ministère, mais on n’y croit pas. En région parisienne, “on ne trie pas, l’habitat est trop dense, trop vertical, d’ailleurs les résultats du tri des biodéchets sont dérisoires…” et c’est vrai. Vu comment le Syctom et les collectivités s’y prennent, vu le peu de moyens investis en communication auprès des habitants et en emplois d’animateurs de tri, les résultats ne peuvent qu’être mauvais et conforter les prédictions du Syctom.

Alors que faire ?

Le Collectif 3R est bien décidé à pousser les territoires, partout où nous le pourrons, à instaurer la collecte séparée des biodéchets, et à demander aux candidat·e·s d’aujourd’hui, s’ils sont élu·e·s, qu’ils mettent en œuvre les moyens nécessaires pour qu’elle réussisse en région parisienne comme à Milan, San Francisco, New York, et d ans la plupart des villes européennes. La loi l’exige désormais, des gros producteurs de biodéchets (marchés, écoles, hôpitaux, restaurants,…) comme des habitants. Chacun peut s’appuyer sur les expériences existantes, et renforcer l’obligation de tri à la source par la tarification incitative (mieux on trie, moins on paye), et pourquoi pas par une réelle réglementation assortie de pénalités en cas de non respect de la loi. La France trie depuis les années 70 ; il est peut-être temps que ce geste devienne obligatoire et que le ramassage de nos déchets soit un service, comme l’eau, le gaz, ou l’électricité, de sorte qu’on arrête de gaspiller les ressources de la planète, et d’émettre du CO2 et des toxiques dans l’air que nous respirons ?

Vous aussi, réclamez : “je veux mon bac bio” et faites pression sur vos élus, ceux d’aujourd’hui et ceux de demain, pour qu’ils appliquent la loi et qu’on n’ait besoin, ni ici, ni ailleurs des sinistres usines d’incinération et leurs TMB, source d’incendies, et de nuisances graves pour les habitants, avec leurs cohortes d’odeurs de putréfaction, de parfums synthétiques, d’invasions de mouches, etc…).

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