Le cadeau des incinérateurs aux générations futures : les résidus de fumées d’incinération, véritables concentrés de polluants


Dans le discours bien rodé des défenseurs de l’incinération, on trouve à coup sûr l’argument de la production de chauffage urbain. On parle moins des deux autres “productions” de l’incinération: les mâchefers (résidus solides de la combustion des déchets) et les résidus d’épuration des fumées de l’incinération des ordures ménagères (REFIOM).

Que produit l’incinération? Des déchets dangereux !

L’incinération crée des fumées qui sont traitées chimiquement pour réduire la pollution. Dans les usines, 3 techniques de traitement sont utilisées: 

  • le dépoussiérage par électro-filtres dans lesquels les poussières se collent et sont récupérées par gravité; il est suivi d’un passage dans un réacteur catalytique qui traite les oxydes d’azote et les dioxines après injection d’ammoniaque.
  • le traitement par tour de lavage, après injection de lait de chaux, qui explique la couleur blanche, rassurante, des panaches sortant des cheminées. Une injection de charbon actif (coke de lignite) est effectuée dans la tour de lavage pour traitement complémentaire des dioxines. Les poussières récupérées forment une pâte humide qu’on appelle le “gâteau TE (traitement des eaux)”;
  • le traitement par venturis filtrants qui termine le dépoussiérage, déshumidifie et élimine des oxydes de soufre par une injection de soude. 

A l’issue de ces étapes, il reste des  REFIOM: les cendres volantes, les “cendres sous chaudières”, les résidus de neutralisation des fumées et les “gâteaux de filtration”. On trouve dans ces résidus des matières minérales, mais aussi des métaux lourds. Nous ne disposons pas d’analyses du chlore, des dioxines et furanes. 

Les REFIOM sont ainsi un concentré de polluants contenus dans les déchets incinérés; pour cette raison, ils doivent faire l’objet d’un traitement spécial pour déchets dangereux. Et les quantités produites sont énormes : près de 30 kg par tonne de déchets incinérée, soit 16730 tonnes pour l’usine d’Ivry-Paris 13 en 2019.

Les REFIOM sont le résultat d’un processus industriel  absurde : des déchets non dangereux entrent dans des usines d’incinération et des déchets dangereux en ressortent grâce à la concentration de polluants que l’incinération génère.

Un traitement lourd pour tenter d’atténuer les effets néfastes sur l’environnement

Depuis le 30 mars 1995, les REFIOM doivent en premier lieu être stabilisés et solidifiés. La stabilisation consiste à diminuer leur toxicité; la solidification permet de transformer le REFIOM en un solide, réduisant les contacts entre le déchet et l’environnement, et donc le relargage des polluants. Ces étapes sont primordiales pour retenir au maximum les polluants et empêcher qu’ils n’entrent en contact avec de l’eau, des sols poreux ou des organismes vivants.

Seulement alors, les REFIOM pourront être stockés dans des installations de stockage de déchets dangereux ou ailleurs comme l’a montré l’excellent documentaire “La face cachée du recyclage” diffusée dans le cadre de l’émission “Sur le front” par France 5 le 25 avril 2021 et disponible en replay.

Création et camouflage de déchets dangereux

Une grande partie  des REFIOM sont dits “valorisés” en remblaiement de mines de sel en Allemagne. En réalité, il s’agit d’un stockage détourné qui représente pour les générations futures une menace en cas de contamination par des polluants. De plus, les mines étant en Allemagne, cette fausse valorisation conduit à un transport transfrontalier sur plusieurs centaines kilomètres de déchets dangereux. La législation européenne s’oppose de plus au comblement de mines avec des déchets dangereux, typologie de déchets à laquelle appartiennent pourtant les REFIOM. Alors, les industriels comme Suez cherchent d’autres exutoires comme c’est le cas notamment à Laimont, village meusien qui abrite aujourd’hui une installation de stockage de déchets dangereux. Valérie Marjollet, Présidente de l’association pour l’aménagement et la protection de l’environnement de Laimont, s’inquiète de la situation qui se profile. A moins de 400m des premières maisons, Suez entend d’ici deux ans accueillir sur REFIOM sur 20 hectares. Et elle n’est pas dupe face aux beaux discours de l’entreprise française qui minimise la dangerosité des résidus de d’épuration des fumées d’incinération, en particulier sur les nappes phréatiques environnantes. 

La seule solution viable pour sortir durablement de cette impasse : diminuer drastiquement les tonnages de déchets incinérés…

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