Chaufferie CSR à Vitry : Qu’en est-il ?


Un point sur le projet de “chaufferie CSR” à Vitry : le Collectif 3R pointe toutes les incohérences dans la lettre de l’entreprise Dalkia adressée au Maire de Vitry

Ivry, le 28 février 2026

Monsieur Bell-Lloch, Maire de Vitry, a publié sur ses réseaux sociaux le 10 février 2026 une lettre qui lui a été adressée par l’entreprise Dalkia. Cette lettre non datée, non signée, sans en-tête, sans objet aurait été écrite par “Benoit  G – Directeur régional Dalkia Ile-de-France”.

Sur la forme, difficile de faire plus étrange pour un courrier officiel. Qui est Monsieur Benoit G. et pourquoi n’écrit-il pas son nom de famille ?

Le Maire de Vitry écrit sur ses réseaux que cette lettre est là pour rétablir “les faits, et rien que les faits”. 

Voyons comment les faits sont traités dans cette lettre de Dalkia.

  • La concertation publique sous l’égide de la Commission nationale du débat public (CNDP)

Les réponses apportées au maire par Dalkia nous renseignent sur l’avancée du projet “d’une installation de production de chaleur” sur une partie du site EDF à Vitry et  sur l’agenda de la CNDP programmée dans les prochaines semaines. Sur ses réseaux sociaux, Monsieur le Maire de Vitry parle de “votation citoyenne”.

Pour information, la concertation sous l’égide de la CNDP est une procédure obligatoire pour ce type de projet, ce n’est ni un vote des habitants, ni un référendum. Il s’agit simplement d’une procédure qui vise à informer les riverains et à leur permettre de participer au débat public en donnant leur avis. Leur avis n’est en rien contraignant.  

Par exemple, lors de la concertation publique de la CNDP pour reconstruire l’incinérateur d’Ivry-Paris XIII nous avons écrit une pétition contre ce projet qui a recueilli presque 100 000 signatures, et la CNDP a reçu plus de 2000 contributions de citoyens opposés au projet (contre 5 en faveur du projet). Pourtant cet incinérateur a été reconstruit. 

Ayant suivi la concertation sous l’égide du CNDP pour la reconstruction de l’incinérateur d’Ivry-sur-Seine, nous savons que cette procédure n’arrive pas au début de l’élaboration d’un projet d’une telle ampleur. Ceci nous a été confirmé par M. Dan Lert, Adjoint à la Maire de Paris en charge de la transition écologique, en charge de l’appel d’offre sur ce projet, qui confirme avoir travaillé en concertation avec messieurs les Maires d’Ivry-sur-Seine et de Vitry-sur-Seine depuis des années sur ce projet.

 Il est difficile de croire qu’il n’y a pas eu de concertation entre la Mairie de Paris, la Mairie de Vitry, Dalkia (filiale d’EDF qui est propriétaire du site), la Compagnie Parisienne du Chauffage Urbain (CPCU – future SEMOP) et le Syctom depuis de nombreux mois avant l’initiation de la procédure de CNDP. 

Nous faire croire que le refus par la population, à l’issue de la concertation par la CNDP , pourrait bloquer le processus de réalisation de cette aberration environnementale est un leurre grossier qui ne doit tromper personne. Sa classification d’utilité publique permettra à la préfecture 

d’accorder le permis de construire en passant outre l’avis négatif, même massif, de la population.

  • La réindustrialisation du site EDF qui est au centre de l’OIN des Ardoines n’est pas définitive

Nous apprenons que le projet  “d’une installation de production de chaleur” n’est que sur une partiedu terrain qui appartient à EDF et qu’elle ne correspond qu’à une première impulsion de réindustrialisation du site. 

Cela signifie donc que ce ne sera pas la seule usine construite sur le site ?

Comment justifier alors de ne consulter les Vitriots que sur le projet “d’installation de production de chaleur” sans qu’ils sachent quelles autres installations seront prévues sur le site ultérieurement et l’impact en termes de pollution de ces autres installations ?

Quelle valeur donner à l’étude d’impact environnemental et sanitaire si celle-ci ne prend pas en compte le phénomène de cocktail de pollutions auquel seront soumis les riverains si plusieurs usines sont construites sur cette zone ?

Le site EDF se situe dans le périmètre de l’OIN (Opération d’Intérêt National) des Ardoines. Comment concilier la destinée résidentielle d’une zone en cours de densification et l’arrivée à terme de 20 000 personnes avec le maintien d’une activité industrielle lourde ? Comment cela peut-il être compatible avec le PLUI (Plan Local d’Urbanisme Intercommunal) qui promeut un urbanisme favorable à la santé ?

Les 8 000 nouvelles et futures familles de la zone des Ardoines, séduites par la communication de la mairie qui leur a promis un environnement verdoyant, apprécieront qu’on ait omis de leur parler de la vue imprenable qu’elles auront sur les trois cheminées de cette gigantesque usine et sur les futures usines prévues sur le site !

  • Absence d’impact environnemental ?

Dalkia dans sa lettre au maire promet de “passer d’une production de chaleur aujourd’hui produite à partir de gaz fossile majoritairement importé (notamment des Etats-Unis) à une unité de valorisation de bois B/CSR (Combustibles Solides de Récupération), énergie locale issue de l’Ile-de-France”.

Doit-on rappeler qu’il n’y a pas actuellement d’usine de production de chaleur en fonctionnement qui utilise des énergies fossiles sur le site où sera construite la nouvelle usine ? Il existe une centrale vapeur qui utilise du biogaz et du bio fioul à côté du site mais à notre connaissance celle-ci ne va pas être fermée.  Contrairement à ce qui est dit par Dalkia, nous allons donc passer de “aucune combustion” (ou peu de combustion si on prend en compte le biogaz et le bio-fioul) sur le site à une combustion d’au moins 450 000 tonnes de déchets type bois B/CSR ce qui sera forcément plus polluant que de ne rien brûler du tout ! Dans ce contexte nous voyons mal comment Dalkia va “contribuer à améliorer la qualité de l’air au bénéfice de la santé des habitants de Vitry” et comment ils vont diminuer de 70% les émissions de poussières et de 75% les composés NOx respirés par les Vitriots.

Pour mettre les choses en perspective, en Ile-de-France, d’après l’Institut Paris Région, si on cumule toutes les « chaufferies biomasse » on brûle 475 000 tonnes de combustibles par an. La plupart de ces chaufferies brûlent des pellets de bois non pollués alors qu’à Vitry on prévoit de brûler du bois B – c’est à dire du bois chargé de polluants, comme des colles, des peintures, des solvants, des vernis et autres produits chimiques – et des CSR qui sont issus des refus de tri non-recyclables et des encombrants (donc constitués de plastiques, de tissus synthétiques imperméables pleins de PFAS, de mousses ignifugées…). 

Ce bois présenté comme “issu de l’Ile-de-France et apporté sur site exclusivement par voie fluviale” ne le sera pas non plus car dans la délibération de Paris nous apprenons que le bois sera collecté dans un rayon de 300 km autour de Ris Orangis et les CSR pourront venir de toute la France. Les 30 kilomètres de trajet fluvial entre Ris Orangis et Vitry ne réduiront donc qu’à la marge les distances parcourues par les camions. 

  • Absence d’impact sanitaire ?

Airparif rappelle que “l’ensemble des moyens de chauffage au bois – chauffage individuel, petites et grandes chaufferies collectives – sont responsables à eux seuls d’environ 60 % des émissions totales de PM2.5.” (particules fines). En effet, le chauffage au bois émet 40 fois plus de particules fines que le chauffage au fioul. Lorsqu’il est brûlé dans une grande chaufferie il émet moins que dans une petite chaufferie, mais ça reste 19 fois plus que ce qui est produit par une pompe à chaleur et plus que ce que produit une chaudière à gaz.  

“On estime à 6 000 le nombre de décès annuels attribuables à l’exposition prolongée aux particules fines PM2.5 en 2019 en Ile de France. C’est le polluant réglementé ayant l’impact sur la santé le plus important dans la région.” 

Mettre une centrale à biomasse en plein coeur d’une zone résidentielle aura donc forcément des impacts sanitaires car nous savons avec le travail de ToxicoWatch à Ivry mais également autour d’incinérateurs dans toute l’Europe, que même les filtres les plus récents et les plus performants ne captent pas toute la pollution (dioxines, gaz acides, particules fines et ultrafines, PFAS et métaux lourds) émise lors de la combustion de déchets.

Nous savons également que Santé Publique France a mis en évidence que les personnes qui vivent dans des bassins industriels, notamment celui de “CRÉTEIL-BONNEUIL” ont une espérance de vie plus faible, plus de pathologies respiratoires, et plus de prématurité. Si on sait que la santé des habitants de la région est déjà impactée par des pollutions industrielles, pourquoi prendre le risque d’aggraver la situation? 

  • Le projet n’est pas un “grand incinérateur”.

Nous savons que l’industrie de la combustion des déchets modifie le langage pour faire accepter des installations que la population rejette de plus en plus.

Ainsi les Unité d’Incinération des Ordures Ménagères (UIOM) sont devenues des Unités de Valorisation Énergétique (UVE) pour que nous oubliions que ce qui est “valorisé”  ce sont bien des déchets. 

Ici, les promoteurs du projet de Vitry parlent de “chaufferie biomasse”. Si le terme est rassurant, la réalité est que ce sera bien une centrale thermique qui brûlera plus de déchets pollués (entre 450 et 800 000 tonnes par an) que le nouvel incinérateur d’Ivry-Paris XIII qui va brûler 350 000 tonnes de déchets par an. Encore une fois, il s’agit de brûler du bois couvert de peinture ou de vernis, des refus de tri plastiques, et des encombrants. Donc des déchets !

  • Une usine qui améliorera le pouvoir d’achat des Vitriots raccordés au réseau de chaleur

Pour finir, Dalkia nous promet que son usine améliorera le pouvoir d’achat des abonnés au réseau de chaleur de Vitry, mais sans nous expliquer comment. En effet, comment Dalkia peut-elle s’engager à baisser le prix d’un réseau de chaleur géré par Engie, son principal concurrent ? 

La facture énergétique des Vitriots diminuera en contrepartie d’une pollution de l’air que respirent des dizaines de milliers de personnes, mais qu’en sera-t-il à l’échéance du contrat de Dalkia ? Dans 25 ans, celui-ci sera caduque et l’installation continuera de pollue.

Nous savons également que malgré leurs promesses, les réseaux de chaleur ivryens et parisiens sont souvent plus chers que le gaz, sans compter les subventions payées par le contribuable, via l’ADEME notamment. Le contribuable de la ville aura alors la double peine : il paiera pour l’énergie des autres tout en subissant la pollution générée par l’usine de production de chaleur.

Après avoir fait croire à la population pendant des décennies que les fumées de l’incinération des déchets ne rejetaient que de la vapeur d’eau, les industriels voudraient nous faire croire maintenant que la nocivité des rejets est totalement contrôlée. 

Lorsque dans quelques années les analyses scientifiques apporteront la preuve qu’il n’en est rien, les mêmes industriels nous diront qu’ils l’ignoraient.  

Il appartient donc aux responsables politiques de faire passer l’intérêt de leur population avant tout et de s’appuyer sur les faits scientifiques, rien que les faits scientifiques. 

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