Kit d’auto-défense contre la langue de bois


Dans le cadre de sa campagne de plaidoyer auprès des candidat.e.s aux élections municipales 2020 dans les 85 communes du Syctom, le Collectif 3R a élaboré un kit “anti langue de bois” pour vous aider à répondre aux principales questions.       

« Mais l’incinération des déchets, c’est un secteur très contrôlé, ils ont des filtres sur les cheminées, d’ailleurs on voit bien que c’est propre, les fumées sont toutes blanches… »

Certes les usines d’incinération sont des Installations Classées pour la Protection de l’Environnement (ICPE) mais les mesures obligatoires ne concernent qu’un petit nombre de polluants. Par exemple, on ne contrôle que les dioxines chlorées et non pas les dioxines bromées, présentes notamment dans les retardateurs de flamme que l’on trouve dans les revêtements de canapés, les coques des téléphones portables, etc. 

Quand on brûle une poubelle avec toute la variété de déchets qu’il y a dedans, on émet une quantité incalculable de polluants avec des effets cocktails infinis.

Les fumées sont blanches parce qu’elles sont lavées au chlore : ce processus nécessite de l’énergie et occasionne en lui-même des rejets toxiques. A Issy-les-Moulineaux, à la demande du maire, le Syctom a même un dispositif qui rend les fumées invisibles… mais cela ne supprime pas leur toxicité.

Les Refiom (résidus des filtres des cheminées) sont des déchets hautement toxiques qui doivent être mis dans des décharges spéciales sous une forme vitrifiée.

« L’incinération des déchets produit du chauffage urbain collectif, c’est quand même mieux que les radiateurs électriques individuels ! »

Oui les 3 incinérateurs du Syctom (St Ouen, Ivry, Issy-les-Moulineaux) sont raccordés au réseau de la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU) et les réseaux de chaleur sont en effet une manière efficace de chauffer les bâtiments dans une ville dense. 

Mais les déchets n’ont pas vocation à être une source d’énergie renouvelable au même titre que le soleil ou le vent. La preuve, il y a des objectifs européens et français de réduction des quantités de déchets inscrits dans la loi.

Par ailleurs, l’association de défense des locataires CLCV a révélé que l’incinération des déchets est une source de chauffage urbaine coûteuse et très subventionnée, et qu’il vaudrait mieux investir pour éliminer les passoires thermiques et faire des économies de chauffage.

En outre, avec le changement climatique, les épisodes de chaleur vont se multiplier et en été, un incinérateur ne sert à rien du point de vue du chauffage urbain. La chaleur est, au mieux, récupérée pour produire de l’électricité mais le rendement n’est pas très bon.

« En tant que maire / adjoint au maire dans ma commune, je ne peux rien faire, toutes ces décisions sont prises au niveau du Syctom. »

Mais le Syctom, c’est vous ! Le comité syndical est composé de représentants des communes, proportionnellement à la population.  Le Syctom est un acteur public au service des communes et des habitants. Il ne tient qu’à vous de savoir vous en servir.

« Les consignes de tri sont trop compliquées, on n’y comprend rien. »

Les consignes de tri ont été élargies au niveau national et englobent maintenant pratiquement tous les emballages, y compris les yaourts, les paquets de chips, les gourdes de compote pour enfants, les plastiques d’emballage plats…

« Vous n’êtes pas réalistes. Si on ne reconstruit pas l’incinérateur d’Ivry, qu’est ce qu’on va faire des déchets ? Vous voulez ouvrir encore plus de décharges en Seine-et-Marne ? »

Le choix n’est pas entre incinérateur et décharge. Malheureusement aujourd’hui avec plus de 80 % de déchets incinérés dans les 85 communes du Syctom, cela n’a pas éliminé la mise en décharge, loin de là. L’incinération produit 20 % de résidus très pollués, les mâchefers qui vont eux mêmes en décharge quand ils ne peuvent pas être utilisés en sous-couche routière car cela pollue les nappes phréatiques. Et les résidus des fumées, les Refiom, vont dans des décharges spéciales où ils sont vitrifiés car ils sont hautement toxiques.

Le Plan BOM alternatif à la reconstruction de l’incinérateur d’Ivry explique que 75 % des déchets qui partent à l’incinération sont couverts par des consignes de tri. Ce sont des textiles qui peuvent être donnés, revendus, des matières recyclables qui peuvent être réinjectées dans l’économie circulaire, des déchets organiques qui peuvent être compostés, etc. 

Le Plan BOM détaille les actions à mener pour sortir ces déchets de la poubelle et économiser l’argent public tout en créant des emplois dans l’économie circulaire.

« On est si mauvais que ça en Île-de-France ? Paris a quand même organisé la COP21 sur le climat. »

Oui Paris communique beaucoup mais à Paris tout comme dans les 85 communes du Syctom, les résultats sont très mauvais : à peine 14 % des déchets sont recyclés. Alors qu’en France, plusieurs agglomérations ont des résultats supérieurs à 30, voire 40 %. 

« C’est bien beau ce que vous dites, mais l’incinération est la solution la moins chère pour gérer nos déchets. Le recyclage n’est pas rentable. »

Si l’on va par là, la solution la moins chère pour gérer nos déchets est de les jeter tels quels dans la nature ! C’est pour éviter cela que la législation est là et que l’État a mis en place des instruments incitatifs. La mise en décharge et l’incinération ont en effet pendant longtemps été moins chers que le tri et le recyclage, mais l’État a augmenté la Taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) y compris sur l’incinération. Et en parallèle, avec la Responsabilité Elargie du Producteur, les entreprises qui mettent sur le marché des produits générateurs de déchets doivent payer une éco-contribution (obligation imposée par la réglementation européenne), qui permet de financer les collectivités locales pour faire du tri et recycler un maximum de déchets.

« Ma commune est formidable et fait déjà plein de choses, regardez, nous sensibilisons les enfants dans les écoles, nous distribuons des lombricomposteurs aux habitants, etc. »

Oui et c’est très bien mais vous ne pouvez pas faire tout cela et « en même temps » laisser vos représentants au Syctom voter la construction d’installations de traitement de plus en plus coûteuses et toujours polluantes. Tout l’argent que vous investissez dans des incinérateurs, c’est autant d’argent en moins pour financer des postes d’ambassadeurs de tri, du matériel de communication, des composteurs pour distribuer à vos habitants.

Pendant ce temps, le Syctom octroie un marché à 2 milliards d’euros à des industriels pour la reconstruction et l’exploitation de l’incinérateur d’Ivry et s’endette pour des décennies… 

« Mais il y a eu une concertation avec les habitants, une enquête publique non ? Le projet n’est quand même pas imposé, on est en démocratie. »

Le projet est classé par le mouvement citoyen parmi les « grands projets inutiles et imposés ».

Oui en effet en 2009, le débat public organisé par la Commission nationale du débat public (CNDP) a mobilisé près de 1 000 participants aux réunions publiques et 30 000 connexions sur le site web dédié. Mais déjà à l’époque, la CNDP avait vivement déploré le fait que le projet présenté au public soit déjà “ficelé”. 

En 2018, l’enquête publique sur le projet a recueilli plus de 2000 observations dans le registre, ce qui est énorme pour ce type d’enquête. Ces observations étaient à 99% défavorables au projet, ce qui n’a pas empêché la commission d’enquête de rendre un avis favorable et sans réserve au projet, sans même prendre en compte les études techniques des associations.

« Oui mais bon, les travaux de reconstruction de l’usine d’incinération sont en cours. Vous vous rendez compte du gaspillage d’argent public si on arrêtait les travaux à ce stade ? »

Le gaspilleur d’argent public n°1 c’est le Syctom. C’est justement pour éviter de gaspiller plus de 2 milliards d’euros que le Collectif 3R, dès le débat public organisé en 2009, a tiré la sonnette d’alarme sur ce projet extrêmement coûteux et contraire aux objectifs réglementaires européens et français en matière de prévention, de tri et de recyclage.

Et c’est pour éviter de lancer un chantier alors que les recours déposés par le Collectif 3R et Zero Waste France contre le Projet d’Intérêt Général, le permis de construire et l’autorisation d’exploiter sont encore en cours d’instruction par le Tribunal administratif de Melun, que les associations ont également déposé un « référé en suspension » pour suspendre les travaux en attendant que les recours soient jugés.

Mais ce référé a été rejeté par le Tribunal administratif et le Conseil d’État. Le Syctom joue donc la politique du fait accompli, il fait du forcing avec malheureusement l’appui des autorités publiques.

Nous maintenons que c’est un véritable sabotage de la politique publique environnementale par le Syctom que de reconstruire une usine d’incinération sur un territoire qui incinère plus de 80 % de ses déchets et n’en recycle que 14 %, alors que la loi française de transition énergétique pour la croissance verte vise 55 % de recyclage au niveau national en 2025. Et ce alors que le Syctom représente 6 millions d’habitants soit 1/10 de la population française.

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