Incinération des ordures ménagères et analyses d’air


L’incinération, un moyen de faire disparaître les déchets tout en produisant de la chaleur ? Ce n’est pas si simple !

D’abord ceux-ci ne disparaissent pas vraiment ! Quand vous faites brûler des ordures ménagères, vous retrouvez 84 % de leur poids sous forme de gaz carbonique (CO2) qui s’échappe par les cheminées et participe au réchauffement climatique avec l’effet de serre, mais aussi des gaz nocifs, et des résidus solides: 17,5 % de mâchefers pollués, encore en partie utilisés dans les travaux publics, et des cendres très dangereuses, mises en décharge de déchets dangereux et que nous léguons aux générations futures.

C’est ainsi qu’en un an, sortent des cheminées (après traitement et filtration des polluants, chiffres de 2013) : 10,7 tonnes de poussières, 201 kg de 9 « métaux lourds », 447 kg de zinc, 8 kg de mercure, des gaz dangereux pour les voies respiratoires, surtout en cas d’asthme (180 tonnes d’oxydes d’azote, 53,7 t de dioxyde de soufre).

Or les oxydes d’azote sont parmi les responsables des pics de pollution, l’usine d’incinération en ajoute donc (+ 3 % ?) à ceux présents, produits surtout par les véhicules.

Mais l’usine produit d’autres polluants, particulièrement nocifs : les dioxines et furanes (la dioxine de Seveso, tristement célèbre, est une molécule de ce type) qui sont des « perturbateurs endocriniens », dont la toxicité n’est pas proportionnelle à leur quantité. Ainsi, pour l’OMS, la dioxine est un polluant tellement dangereux qu’elle ne peut fixer de seuil limite.

Ce polluant est traité par l’exploitant, mais des analyses d’eau de pluie en ont donné des taux très variables (rapport de plus de 1 à 10), avec à l’automne 2013 un pic très inquiétant au niveau de l’école Dulcie September de 11 fois ce qui était mesuré sur le site de l’usine au même moment.

L’analyse des retombées près de l’école Dulcie September était une des demandes importantes du Collectif 3R depuis des années. Nous demandions également des analyses complémentaires des fumées de l’usine, et de leurs conséquences sur l’air ambiant au voisinage. Ces mesures ont finalement été faites fin 2013 par le Syctom et par AIRPARIF, et publiées mi-2014.

Nous avions demandé l’analyse des dioxines et furanes bromées (composés similaires aux dioxines et furanes chlorées analysées, où les atomes de chlore sont remplacés par du brome), car des produits à base de brome sont utilisés dans l’industrie, surtout électronique. Ces composés ne sont ni réglementés, ni traités. Leur taux mesurés dans les fumées se révèle de 3 à 4 fois plus important que le taux maximum autorisé pour les composés analogues chlorés. C’est inquiétant, car selon plusieurs articles scientifiques, ils pourraient être aussi nocifs que les composés chlorés.

Pour les métaux, les mesures ont porté sur les quatre métaux dont les émissions sont réglementées en raison de leur toxicité (arsenic, nickel, cadmium et plomb). Pour le plomb, les cheminées en 2013 en ont rejeté 98 kg, et c’est un taux inférieur au seuil réglementaire. Nous avions demandé la mesure de l’aluminium, en raison de sa présence dans les poubelles (films alu, barquettes…) et de son danger pour la santé (maladies neuro-dégénératives). Il se révèle peu présent dans les fumées de l’usine (moins de la moitié du plomb, par exemple), mais, curieusement, c’est de beaucoup le métal le plus présent dans l’air ambiant : il a clairement une autre origine que l’usine l’incinération.

Notre autre demande avait porté sur les particules fines. Elles sont le principal souci lors des pics de pollution, et c’est la seule émission pour laquelle les normes de qualité fixées par l’OMS sont dépassées, avec pour les PM 2,5 (inférieures à 2,5 µm ou millième de mm), 18 µg/l (millionième de gramme) en moyenne dans l’air à Paris et autour de l’usine, au lieu de 10 µg/l .

Ces particules sont d’autant plus dangereuses qu’elles sont petites, car elles peuvent pénétrer plus facilement dans l’organisme et y agir. Or l’usine d’incinération rejette surtout les plus petites, et 97 % des PM 10 (inférieures à 10 µm) sortant des cheminées sont des PM 2,5. Elle en ajoute donc à la pollution parisienne, qui reste plus importante toutefois à Paris-centre qu’au voisinage de l’usine.

Le résultat le plus évident de ces mesures est … qu’il est difficile dans la pollution ambiante, de savoir ce qui est causé par l’usine d’incinération, mais qu’on ne peut que s’inquiéter tant au niveau des différents types de dioxines et furanes que des particules fines de ce qui est rejeté par les cheminées d’Ivry-Paris XIII.

Nous demandons que des analyses régulières soient effectuées dans les quartiers autour de l’usine, et tout particulièrement au niveau du groupe scolaire Dulcie September, situé à 350 mètres de la première cheminée. Il est important qu’on contrôle si le dépassement constaté en 2013 est une aberration temporaire, ou s’il se reproduit régulièrement.

Article à retrouver dans la lettre d’info n°5.

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