Comment va le Tri mécano-biologique en France ?


Nous avons suivi l’évolution du fonctionnement des unités existantes, et on ne peut pas dire qu’on en sorte rassuré-es.

A Varennes-Jarcy (91), l’usine dont Guy Geoffroy, député-maire de Combs la Ville, vante partout les mérites, a pris feu cet été. L’incendie parti de la fosse de stockage des ordures ne s’est heureusement pas propagé aux installations de méthanisation, ce qui aurait pu provoquer une explosion. Ce maire, très prosélyte pour le TMB-méthanisation, avait accueilli cet été une délégation d’élus d’Ivry-sur-Seine et de riverains de l’usine d’Ivry afin de démontrer que son usine ne présentait aucune des nuisances reprochées par les opposants au procédé. Il avait toutefois omis de dire que des trois digesteurs d’origine, un seul est opérationnel en 2013. Le maire souhaite d’ailleurs faire supporter le coût des travaux de remise en état d’un des digesteurs par le Conseil régional auprès duquel il a sollicité une subvention de 2,7 millions d’€ qui lui a été refusée.

A Angers, l’usine Biopole fait vivre un calvaire aux riverains, comme vous pourrez le lire dans le dossier de Ouest France du 17 septembre 2013.

L’agglomération d’Angers est maintenant en procès contre le constructeur, qui est lui-même en procès contre l’exploitant, l’imbroglio juridique n’est pas prêt de cesser, et pendant ce temps là les riverains se lamentent et comptabilisent 250 jours d’odeurs nauséabondes, et 101 jours de mouches entre janvier 2012 et fin août 2013.

En Vendée, comme vous pourrez le lire dans l’article du courrier Yonnais du 14 juin 2013, l’association la Feve a fait analyser par un laboratoire indépendant un échantillon du compost issu de l’usine de TMB de Saint-Christophe-du-Ligneron. Le résultat est sans appel: selon le laboratoire « Le degré de pollution organique de cet échantillon apparaît particulièrement préoccupant, et des mesures quantitatives complémentaires nous semblent indispensables avant la mise sur le marché d’un tel produit, dont l’usage est très vraisemblablement dangereux». Depuis, la société Trivalis, qui exploite l’usine où a été prélevé l’échantillon, a déposé plainte pour diffamation. Deux militants viennent de comparaître au tribunal d’instance de la Roche-sur-Yon. Voilà ce qu’il en coûte de vouloir alerter la population sur les risques qu’elle encoure !

Rappelons qu’aucune de ces usines n’est implantée en zone urbaine dense et n’atteint le dimensionnement de celles prévues à Romainville et à Ivry-Paris 13.

Comme l’a démontré le témoignage des agriculteurs dans l’émission « Complément d’Enquête » du 19 septembre 2013, la justification de ces usines par la production d’un compost valorisable en agriculture ne tient plus. Interrogé sur la qualité du compost issu du TMB leur réponse est sans ambiguïté : pas question d’épandre ce digestat infesté de polluants, de débris de verre et de plastiques sur nos terres !

Si nous trouvons une explication à l’insistance des industriels à promouvoir ce procédé qui leur assure un marché lucratif pendant des décennies, nous nous interrogeons sur la motivation des élus qui s’obstinent dans cette impasse malgré l’accumulation de témoignages défavorables. Rappelons que le coût prévisionnel du projet d’Ivry-Paris 13 est actuellement de 1 milliard d’euros (pour l’incinération et le TMB-méthanisation). Quant à celui de Romainville, il est estimé à 450 millions d’euros. En ces temps de recherche d’économies, ne serait-il pas judicieux d’envisager une solution moins coûteuse ?

Les exemples à suivre

Car les solutions existent ! La première consiste à mettre en place une politique ambitieuse de collecte séparée des bio-déchets qui constituent un tiers du tonnage des déchets actuellement incinérés alors qu’ils sont en grande partie composés d’eau. Selon le rapport comparatif de l’ADEME de juin 2013 entre différents grands pays industrialisés, la collecte de bio-déchets en porte à porte est en France de 18kg par habitant, alors qu’elle est de 56 kg en Autriche ; de 51 kg en Allemagne ; de 55 kg en Catalogne ; de 42 kg en Belgique Flamande  et de 41kg en Italie, pays souvent moqué pour son indiscipline citoyenne. Selon le Syctom, cela est difficilement applicable en région parisienne en raison d’un habitat dense. Pourtant, la ville de Milan a mis deux ans à mettre en place une collecte sélective de bio-déchets en se fixant comme objectif de réaliser 65% de tri sélectif en 2015, et ça marche ! Que l’on sache il n’y a pas que Paris en Europe dont l’urbanisme date de plusieurs siècles.

La seconde solution consiste à développer les filières de recyclage afin d’améliorer la performance plus que moyenne de notre pays en la matière. Toujours selon le rapport de l’ADEME avec un taux de 37% de valorisation matière des déchets secs et organiques la France se situe à la dixième place des 28 pays européens alors qu’elle occupe la seconde place économique. Quant à l’Ile-de-France sa performance selon l’ORDIF est de 25% et encore ce chiffre comprend-il la valorisation des mâchefers d’incinération!

Le tableau ci-dessous, tiré du rapport de l’ADEME de juin 2013, est très explicite : lorsque la collecte sélective des bio-déchets est performante, le poids des ordures ménagères résiduelles à traiter chute de façon spectaculaire. La France est un des pays d’Europe qui compte le plus d’incinérateurs, mais la mise en décharge y atteint encore 39%. Les pays qui mettent très peu en décharge, conformément aux objectifs de la commission européenne, et qui pratiquent la collecte sélective des bio-déchets ont recours majoritairement à l’incinération pour traiter leurs ordures ménagères résiduelles, mais pour des quantités nettement moindres. Il est donc évident que la priorité n’est pas de construire de nouvelles usines, déjà très nombreuses en France, mais de mettre en place une politique ambitieuse et rapide de collecte sélective des bio-déchets et de développer les filières de recyclage des déchets secs. Parallèlement, il faut que les pouvoirs publics imposent aux fabricants une réduction drastique des emballages. Et que la réglementation mette un frein à l’obsolescence programmée en encourageant le rallongement de la durée de vie des produits et la réparation.

rapport ADEME de juin 2013

Article à retrouver dans la lettre d’info n°3.

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