Que croire ? Le 17 mars, Marine Tondelier est venue à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) soutenir le maire sortant, communiste, Pierre Bell-Lloch. Ces dernières semaines, la campagne des municipales a pris une tournure inattendue après la découverte d’un projet de production de chaleur par combustion de déchets dans un quartier en pleine mutation, au pied de nouvelles habitations et écoles. Dans une prise de parole diffusée sur les réseaux sociaux, la cheffe EELV affirme que non seulement M. Bell-Lloch est contre « le projet d’incinérateur à Vitry » mais elle va plus loin : “nous sommes sur sa liste et évidemment il n’y aurait aucun écologiste sur la liste de quelqu’un pour ce projet. Ma présence ici clarifie ce point”.
Pourtant, loin d’éclaircir la situation, ces déclarations renforcent la confusion à la veille du second tour des municipales. Car Marine Tondelier oublie de dire que le projet d’incinérateur à Vitry-sur-Seine a été porté par Dan Lert, un élu EELV de la mairie de Paris, et que les élus EELV du Conseil de Paris ont voté pour.
Appelé officiellement Thermo‑sur‑Seine, ce projet est décrit dans le débat public soit comme une « chaufferie biomasse », soit une « installation de production de chaleur », soit un « incinérateur» ou encore un « projet bois B ». Ces différentes expressions désignent cependant exactement la même installation. On le sait depuis longtemps , les promoteurs de la combustion de déchets changent les mots pour faire accepter à la population des nouvelles installations. On parle d’une chaufferie plutôt que d’un incinérateur car ce terme fait moins peur. Pourtant une chaufferie bois B/CSR brûle des déchets de bois pollués avec des colles, du formaldehyde, et des vernis. Le terme technique et rassurant de CSR cache en réalité que ces combustibles non recyclables sont constitués d’encombrants, de plastiques toxiques, de voitures déchiquetées qui sont potentiellement plus polluants que des ordures ménagères. Certains soutiens de l’installation thermo-sur-seine se disent ainsi pour une chaufferie mais contre un incinérateur. Pour nous cette distinction nuit au débat public car en terme de pollution et santé publique c’est la même chose.
Cette usine, qui serait située dans le secteur résidentiel des Ardoines, prévoit selon nos estimations la combustion de 450 000 à 800 000 tonnes de déchets par an (bois B et combustibles solides de récupération (CSR)) provenant d’un rayon de 300 km pour générer 333MW. Elle consommerait plus de combustibles et générerait donc potentiellement davantage de pollution que le nouvel incinérateur voisin d’Ivry-sur-Seine qui doit, lui, entrer en service en 2026.
Le projet Thermo-sur-Seine est porté par Dan Lert (EELV), adjoint à la mairie de Paris, en charge de la transition écologique, du plan climat, de l’eau et de l’énergie. C’est lui qui a mené les discussions avec Dalkia sur ce dossier depuis au moins 2022. Lors d’un échange le 25 février 2026 avec notre collectif, il nous a indiqué que ce projet avait été élaboré en concertation avec le maire de Vitry-sur-Seine.
La délégation de service public de la Compagnie Parisienne de Chauffage Urbain (CPCU) arrivant à échéance, un appel d’offres a été lancé afin d’assurer la production et la distribution de la chaleur dans le réseau de chauffage urbain de Paris. Le projet proposé par Dalkia (incluant la construction de l’usine Thermo-sur-Seine) a été retenu, puis validé par le Conseil de Paris le 17 décembre 2025. Lors du vote, les élus EELV parisiens présents ont soutenu cette délibération, approuvant ainsi le partenariat public-privé avec Dalkia et, de fait, le projet de construction de l’usine Thermo-sur-Seine à 4 kilomètres de Paris, à Vitry-sur-Seine.
Dans leurs plans, la chaleur produite alimentera principalement le réseau de chaleur de Paris, avec une très petite fraction destinée aux réseaux de Vitry et de Choisy.
La position des écologistes EELV interroge. Au nom de la « décarbonation » du chauffage urbain parisien, des élus écologistes ont porté et validé un projet industriel transférant une partie de la pollution de Paris vers une commune populaire de banlieue, située dans un département déjà fortement exposé : dans le Val-de-Marne, où la quantité de déchets incinérés par habitant est deux fois supérieure à la moyenne francilienne.
Dès lors, une contradiction apparaît : comment un élu EELV à Paris peut-il porter le projet Thermo-sur-Seine, pour qu’ensuite la cheffe du parti, Marine Tondelier, affirme qu’aucun élu EELV local ne pourrait soutenir un pareil projet ? Quelle est la position réelle du parti ? Le parti serait-il contre un “incinérateur” (qui brûle des déchets) mais pour une “chaufferie” (qui brûle aussi des déchets) ? La santé environnementale doit primer et le parti EELV doit donc sortir de l’ambiguité et s’opposer aux projets de chaufferie CSR en milieu urbain dense.
“Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup.”
