Travaux de recherche sur la pollution aux abords de l’usine d’incinération d’ordures ménagères d’Ivry-Paris XIII
Concernant la pollution aux dioxines des sols (qui représente la pollution ancienne et récente de l’incinération)
En 2022, nous avons travaillé en collaboration avec les chercheurs du bureau d’études néerlandais Toxicowatch, spécialisé dans l’évaluation de la pollution environnementale liée à l’incinération, pour démontrer la présence d’une pollution des œufs à proximité de l’incinérateur d’Ivry-Paris XIII.
Cette étude a conduit l’ARS à réaliser sa propre étude, suite à laquelle elle a émis une recommandation de non-consommation d’œufs de poulaillers domestiques dans l’aire urbaine de Paris. Elle a également montré que la pollution des œufs est corrélée à la pollution des sols.
Concernant la pollution aux dioxines et métaux lourds des mousses et de la pluie (qui représentent la pollution de l’air de l’usine actuelle) :
Nous avons réalisé en 2024 une nouvelle étude avec les chercheurs de Toxicowatch sur la pollution aux dioxines et métaux lourds dans les mousses, la végétation et le sol notamment dans des cours d’écoles à moins d’un kilomètre de l’incinérateur d’Ivry-Paris XIII. Cette étude, co-financée par Zero Waste Europe, a été faite dans le cadre d’une étude plus vaste étudiant également la situation de deux autres incinérateurs en Europe (Zubieta, Espagne et Harlingen, Pays-Bas).
Nos conclusions sont qu’il n’existe pas d’incinération « propre » car même avec les meilleures techniques disponibles, les usines récentes (2011 et 2019) de Zubieta et d’Harlingen polluent leur environnement.
Ce qui est confirmée en analysant les propres données du Syctom qui sont publiques et qui confirment que les trois incinérateurs du Syctom (Issy, Ivry, et Saint-Ouen) polluent actuellement l’air à proximité, essentiellement dans un rayon d’un kilomètre comme vous pouvez le voir sur cette cartographie

Concernant la pollution aux PFAS
Dans le cadre de la campagne de 2024, des filtres d’aération dans 5 écoles ont été collectés ainsi que des filtres neufs témoins. Il a été montré que tous les filtres usagés contenaient plus de PFAS que les filtres neufs, ce qui confirme que les PFAS sont présents dans l’air respiré autour des écoles.
Les PFAS peuvent être mesurés dans le sol, l’eau, et la végétation. Ils peuvent être mesurés en utilisant des techniques « semi-continues » comme utilisé pour mesurer les dioxines dans les cheminées actuellement. Il s’agit de filtres AMESA qui sont mis dans les usines et changés toutes les 4 semaines. ToxicoWatch nous a confirmé que cette même technologie peut être utilisée pour mesurer les PFAS.
Nous demandons une cartographie des sols autour de l’incinérateur.
Pour nous, le débat sur la pollution des sols à proximité d’incinérateurs ayant pollué longtemps et beaucoup (comme Ivry-sur-Seine) est clos depuis 2005 après la publication de nombreux travaux par des agences françaises officielles et compétentes :
- une étude du BRGM qui démontre que les sols sont plus pollués à 500 mètres d’incinérateurs qu’à plus de 2km (p4, p40),
- un rapport du Ministère de l’écologie en 2004 qui recommande de cartographier les sols autours d’incinérateurs anciens et d’informer les riverains du risque de pollution des sols (p. 7),
- un rapport de l’Institut Paris Région de 2005 qui confirme que les incinérateurs anciens ont probablement pollué les sols et que l’incinérateur d’Ivry sur Seine à la plus grande population dans un rayon de 5 km (p. 7).
- une étude de 2003 de l’INVS qui montre que les zones ayant des incinérateurs à grosse capacité d’incinération et où d’anciens incinérateurs ont brûlés sont à risque d’avoir une pollution du sol.
Nous pensons qu’il faudrait s’inspirer de la ville de Lausanne qui a réalisé une cartographie extensive des sols autour de l’incinérateur de Vaud. Cette cartographie, qui est publique, est complétée par des recommandations pour les habitants.
La pollution liée à l’incinération s’associe-t-elle à un risque sanitaire ?
C’est la question que nous avons posée lors de la réunion publique sur la pollution organisée par la municipalité d’Ivry-sur-Seine le27 mai 2025.
A la suite de cette réunion des parents d’élèves ont écrit un communiqué de presse rassemblant 72 conseils locaux FCPE d’écoles de Paris XII, XIII, et Ivry avec le soutien de la FCPE Val-de-Marne et Paris.
Nous avons fait un travail avec l’atelier de cartographie AFDEC pour évaluer le nombre d’habitants (2019) et le nombre d’établissements d’enseignement qui se situent à moins de 800 mètres et 1 kilomètre de 121 incinérateurs d’ordures ménagères en France.

Nous avons constaté que nous sommes dans une situation très inhabituelle. En effet nous sommes la deuxième zone après Sarcelles avec le plus d’écoles à moins d’un kilomètre ET nous avons le plus grand incinérateur d’Europe qui incinère 5,6 fois plus qu’un incinérateur moyen en France.
Par ailleurs, nous avons été alarmés de voir que les deux incinérateurs qui ont fait la démonstration d’un surrisque de lymphomes non hodgkiniens, sont les incinérateurs de Besançon (2011) et de Nice (2015). Or sur notre carte on démontre que l’incinérateur de Besançon est le 2ème incinérateur avec le plus d’écoles dans un rayon de 800 mètre et Nice est le 3ème. Nous nous demandons si ce surrisque n’est pas dû à la situation particulière en zone urbaine dense de ces deux incinérateurs.
Nous sommes donc en contact avec le registre national des cancers pédiatriques de France pour travailler avec eux pour évaluer les risques de l’incinération en zone urbaine dense.
A cela l’ARS nous a dit que le débat du risque sanitaire est clos depuis l’étude de Santé Publique France et l’InVS de 2008 qui a démontré qu’il n’y a pas de plus grande bio-imprégnation des populations vivant à proximité de 8 incinérateurs en France.
Nous pensons que les résultats de cette étude ne peuvent pas forcément être extrapolés à la situation de l’incinération en zone urbaine dense car :
- les huit incinérateurs choisis dans cette étude n’ont pas d’établissements d’enseignement à moins d’un kilomètre
- les habitants en « zone d’incinération » sont en moyenne à 2,2 km des incinérateurs ce qui est trop loin sachant que l’on considère que la grande majorité des risques sanitaires le sont probablement pour les populations qui vivent à moins de 1km.
- et une étude de bio-imprégnation réalisé à la même époque à Besancon a elle trouvé une augmentation de la concentration de dioxines dans le sang de patients atteints de lymphomes habitant près de l’usine en 2011.
Nous pensons que le risque spécifique de l’incinération en zone urbaine dense n’a pas été évalué rigoureusement et cela justifie la demande d’études sanitaires qui sont également demandées par le conseil de Paris et les villes de Paris XII, Ivry et Charenton.
La lettre que nous avons envoyée au Préfet en juillet 2025 résume nos revendications.
Le Préfet a ensuite fait une réponse en octobre, à laquelle nous avons répondu en novembre.
Plaidoyer pour les municipales 2026
Nous avons élaboré 10 mesures de contrôle de l’incinérateur, et 10 mesures concernant la prévention et la réduction des déchets, toutes applicables par un.e maire.
Nous invitons les candidat.e.s du territoire à se positionner sur ces mesures, et à indiquer lesquelles ils ou elles s’engageraient à mettre en place en cas d’élection. Ces réponses seront compilées dans un tableau comparatif.
