La concertation sur la reconstruction de l’usine d’incinération Ivry-Paris 13


Dans le cadre d’un Débat public de la Commission Nationale du Débat Public le projet d’aménagement présenté par le maître d’ouvrage doit faire l’objet d’une enquête publique dans un délai de 5 ans. Le Syctom n’ayant pas pu respecter ce délai une nouvelle concertation a été organisée afin de prolonger le processus du Débat public.

Le Collectif 3R a été sollicité pour participer à cette concertation. Nous vous livrons les principaux enseignements que nous retirons après les trois premières réunions.

Le Syctom a enfin pris en compte la nécessité de la collecte sélective des biodéchets dans son scenario. Poussé par la loi de transition énergétique qui impose aux collectivités à l’horizon 2025 d’offrir à chaque foyer français une solution de tri à la source et de valorisation des biodéchets, le Syctom a estimé le gisement potentiel des biodéchets en 2023 à 130 000 tonnes. Cela représente pour les 5 912 000 habitants, que le syndicat aura en charge à cette date, une quantité de 22kg/an par habitant. A titre de comparaison les 8 communes du Val d’Oise ayant mis en place la collecte sélective des biodéchets, ont récolté, en 2015, 6882 tonnes soit 35kg/an par habitant.

Le Collectif 3R s’étonne de la faiblesse du gisement estimé, sachant que la ville de Paris qui représente 46% des déchets traités par le Syctom, a prévu de généraliser la collecte sélective des biodéchets à l’ensemble des arrondissements de Paris en 2020.

Pour l’instant le Syctom ne prévoit de traiter à Ivry-Paris 13 au mieux que 30 000 tonnes de biodéchets collectés séparément, puisqu’il envisage 2 options, l’une avec compostage de 8000 tonnes de biodéchets sur place, et transfert de 12 000 tonnes vers des sites extérieurs de méthanisation et/ou de compostage, l’autre de transfert de 30 000 tonnes sur des sites de traitement extérieurs mais sans compostage sur place.

Dans les deux cas le transfert se fera après un « pré-tri » des biodéchets qui seront mélangés avec de l’eau pour faciliter leur manipulation. Même si ce mélange est joliment appelé « Pulpe », sa capacité de nuisance (odeurs, mouches) reste une préoccupation des riverains de la future usine et le Collectif 3R demande à visiter des sites utilisant des techniques comparables pour mieux se rendre compte des nuisances possibles.

Concernant le traitement de la poubelle résiduelle nous sommes revenus au scenario de départ avec deux usines : une de Tri Mécano Biologique de 310 000 tonnes, mais sans méthanisation sur place, et une usine d’incinération de 350 000 tonnes, malgré le vœu unanime du conseil municipal d’Ivry-sur-Seine de janvier 2014 de ne pas accepter de TMB/méthanisation sur son territoire.

L’usine d’incinération reste dimensionnée à 350 000 tonnes malgré la baisse constante des déchets ménagers sur le territoire du Syctom depuis le début des années 2000. Elle sera principalement alimentée par les déchets déshydratés des deux usines de Tri Mécano Biologique de Romainville et d’Ivry sur Seine.

Il faut effectivement préciser que le projet de TMB de Romainville, annulé par le tribunal administratif de Montreuil suite à l’action de l’association Arivem, est à nouveau d’actualité sous la même forme que celui prévu à Ivry sur Seine.

Quant à l’unité de Tri Mécano Biologique d’Ivry-Paris 13, le Syctom prétend qu’elle n’aurait pas la même vocation que dans le projet d’origine. Les déchets seraient triés mécaniquement pour en extraire les composants recyclables comme les métaux et plastiques. La partie fermentescible serait transférée vers les méthaniseurs du SIAAP (Service public de l’assainissement francilien) à Achères et à Valenton, où elle serait mélangée aux boues des stations d’épuration avant d’être méthanisée pour produire du bio-gaz. A l’issue de ce cycle de décomposition le digestat ou résidu liquide serait soit mis en décharge, soit incinéré après avoir été déshydraté et rapatrié à l’incinérateur d’Ivry-sur-Seine (!).

Nous ne pouvons que constater que les modifications opérées par le Syctom ne sont motivées que par la contrainte imposée par la législation sur les bio-déchets mais sans remettre en cause le gigantisme de l’installation, et toujours sans scénario justificatif.

Nous voilà de retour avec une « usine à gaz », dont le seul but semble être de maintenir un marché pour nos industriels du déchet en leur assurant la construction de deux usines (TMB et usine d’incinération) très chères pour les contribuables et pour les finances publiques.

Interpellons nos élus, puisque ce sont bien eux qui siègent au conseil syndical du Syctom et qui continuent à valider ce projet à 2 milliards d’euros et demandons-leur de le remettre à plat et d’investir dans la prévention, la collecte séparée des bio-déchets, le tri sélectif et la redevance incitative avant d’engloutir notre argent dans un projet hasardeux.

En attendant la quantité des déchets recyclés en Île de France n’évolue pas et reste à un niveau très inférieur au territoire national qui est lui même inférieur aux autres grands pays industriels européens.

Durant toute la concertation, vous pouvez vous exprimer sur le site du SYCTOM (http://projet-ivryparis13.syctom.fr/exprimez-vous/donnez-votre-avis/) : il faut que les remarques s’opposant au projet soient nombreuses : alors, n’hésitez pas à déposer les vôtres. De plus, la concertation prévoit une réunion publique de bilan qui devrait avoir lieu le 28 juin. Nous vous tiendrons informés du lieu car il faudra être très nombreux pour s’exprimer sur ce projet.

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