Contributions de nos adhérent·e·s à l’enquête publique 5


1. Contribution d’Hervé, adhérent du Collectif 3R

2. Une nouvelle contribution d’Hervé : « Tout est parti en fumée »

3. Contribution de Myriam Goujjane, adhérente du Collectif 3R


1. Contribution d’Hervé, adhérent du Collectif 3R

Le Syctom insiste fortement sur la diminution des tonnages incinérés par la nouvelle usine. Cela est un point fort de sa communication et de son green-washing. Il faut en fait distinguer plusieurs cas en fonction des périodes considérées.

Si l’on retient la chronologie avancée par le Syctom, on considérera :

— une première phase jusqu’en 2023, celle de la construction de l’UVE ; pendant cette période, rien ne change et l’ancienne usine continue de brûler un peu moins de 700000t/an ce qui correspond aux besoins du bassin versant et d’une partie du bassin versant de Romainville (150 000 tonnes environ).
— Une deuxième phase de 2023 à 2027, démolition de l’usine actuelle et construction de l’UVO ; l’UVE est en fonctionnement. Elle brûle 350000t/an sa capacité maximum. Elle brûle des OMR identiques à celles que brûlait l’ancienne usine. Le surplus, évalué à 140 000t/an par le Syctom, est transporté dans d’autres usines d’incinération du Syctom ou des environs, ou en centre d’enfouissement. Pendant cette période, il y a réellement diminution des ordures brûlées à Ivry-Paris XIII de moitié.

— Une troisième phase après 2027 où les deux usines fonctionnent (dénomination UVOE). A partir de ce moment, l’UVE continue de ne brûler que 350000t/an mais ce ne sont plus des Omr, mais des CSR préparés par l’UVO ou importés. Les CSR sont des ordures triées, déshydratées fortement, surtout à base de plastiques et de cartons. 350000t/an de CSR correspondent à environ 700000t/an d’Omr avec un pouvoir calorifique aussi important et une mise en œuvre plus facile. La diminution annoncée n’est plus exacte et ne correspond à aucun effort de collecte séparée, de tri et de recyclage) . S’il existe vraiment par ailleurs une politique de tri et de recyclage, le Syctom se verra alors dans l’obligation d’importer de la biomasse, comme il l’avoue lui-même dans son dossier, pour remplir ses fours et alimenter le chauffage urbain.

L’UVOE fait donc croire à une diminution des tonnages brûlés, mais cela est totalement inexact. Ce complexe industriel aura même un effet parfaitement contraire ; il pérennisera pour 40 ou 50 ans un état voisin de l’état actuel, en parfaite opposition avec toutes les lois et recommandations en faveur du climat et de l’économie circulaire. Les fours devront tourner en permanence et à plein régime et il faudra nourrir la bête.

L’argument de la récupération de la chaleur produite par le CPCU est lui-même tendancieux. Brûler des plastiques n’est pas une valorisation énergétique, c’est avant tout une production de CO2. Dans toute l’Europe des filières de récupération de tous les plastiques se mettent en place et vont assurer des chaînes de transformation. La chaleur dont a besoin le CPCU pourrait être produite par des filières plus écologiques et également par des sources plus nombreuses qui diminueraient les pertes calorifiques engendrées par un transport sur de grandes distances. Il est maintenant prouvé que le chauffage qui gaspille le moins d’énergie est un chauffage produit par de petites unités de proximité.

Au contraire, dans ce projet global, tout est surdimensionné et génère une inertie dans le temps très importante et un gaspillage d’argent et de ressources précieuses pour l’avenir.

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2. Une nouvelle contribution d’Hervé : « Tout est parti en fumée »

Un incinérateur peut apparaître comme une sorte d’usine magique dans laquelle arrivent des matières plus ou moins nauséabondes, produites en grande quantité par nos modes de vie modernes qui, par des procédés de combustion, se transforment en fumées. Bien filtrées, celles-ci sont supposées inoffensives ; on entend fréquemment dire qu’il n’y a que de la vapeur d’eau.

Les fumées contiennent en fait de nombreux composants toxiques, certes filtrés au maximum, mais encore suffisamment présents pour présenter des risques sanitaires. Elles rejettent également massivement du gaz carbonique, gaz à effet de serre. Le SYCTOM lui-même publie chaque année les quantités rejetées pour bon nombre d’éléments.

Il faut savoir aussi qu’un incinérateur produit des résidus solides en quantité importante et que certains de ces résidus sont hautement toxiques.

D’abord des mâchefers récoltés en sortie de four qui représentent environ 20% en tonnage des OMR brûlées. Les mâchefers sont constitués de silice, d’alumine, de calcium, de métaux lourds, de sels… et aussi de dioxines, de furanes en quantité variable selon le mode d’incinération et la composition des OMR. Ces mâchefers posent de gros problèmes de stockage ou d’utilisation. Ils sont classés en 3 catégories : cat V, cat M et cat S.

  • La cat V, pour Valorisable, est utilisée majoritairement pour des remblais et des sous-couches routières.
  • La cat M, pour Maturation, subit des traitements (lavage, transformation des composants dans le temps, déferraillage, etc.) qui lui permet ensuite d’être reclassée en cat V.
  • La cat S, pour Stockage, est stockée en ISDND (Installation de Stockage de Déchets Dangereux) et ISDD (Installation de Stockage de Déchets Non Dangereux), selon la dangerosité.

Des ferrailles et des encombrants non incinérables.

Des cendres, récupérées dans la chaudière.

Des REFIOM pour Résidus d’Epuration des Fumées d’Incinération des Ordures Ménagères. Ces résidus très toxiques seront récupérés au niveau de 2 filtres à manches. Les quantités produites peuvent être calculées à partir des capacités de stockage prévues dans le projet : 2 silos de 115 m3 et deux silos de 75m3 pour les REFIOM et les cendres, soit 380m3 qui représentent une capacité de stockage maximum de 4 jours. On en déduit une production d’environ 35000m3/an (à comparer aux 350000t/an d’OMR ou de CSR traités). Les REFIOM sont eux-aussi stockés dans des ISDD mais également « valorisés » par stockage dans des mines de sel en Allemagne. Cette dernière solution génère des transports pouvant atteindre 2000km et présente des risques d’infiltration dans les nappes phréatiques, à long terme.

Enfin, le lavage des mâchefers, le refroidissement de certains éléments, etc. utilisent de grandes quantités d’eau dont 43000m3 doivent être traitées avant rejet vers la Seine. Les traitements des fumées et des eaux nécessitent des produits très réactifs qui seront stockés dans la partie de l’usine qui longe la rue Victor Hugo (1 cuve d’acide chlorhydrique de 20 m3, 1 cuve de soude de 10 m3, 200l d’eau de javel, 200l acide citrique liquide et 200l de bisulfite de sodium). On peut s’interroger sur les dangers potentiels générés par ces produits, stockés non loin du coke de lignite, par exemple, lui-même inflammable.

En conclusion, cette brève analyse montre bien que si un incinérateur semble résoudre certains problèmes en « faisant disparaître » des ordures, il génère in fine d’autres problèmes bien plus compliqués à résoudre. Seul le tri à la source, avant mélange des différents éléments, et le recyclage permettent d’atténuer l’impact environnemental.

C’est ce que préconise le plan B’OM.
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3. Contribution de Myriam Goujjane

Voici la contribution de Myriam Goujjane au registre des observations avec des arguments qui abordent différents angles d’attaque:

“Je suis contre ce projet en l”état car il contrarie la transition énergétique. Le budget qui lui est accordé est considérable et cette somme devrait être affectée à des projets alternatifs en faveur de la baisse des déchets et solutions alternatives de tri et recyclage plus préservatrices de la santé publique.
Par ailleurs le projet manque de transparence sur le diagnostic de pollution – il n’y a pas de comparateurs précis avec l’ancien projet en termes d’amélioration de la qualité de l’air, rejets de particules.
Y a t-il des documents montrant comment le projet a tenu compte des différents projets immobiliers qui se sont décidés sur les 5 dernières années et ceux en cours d’étude?
Le plan financier détaillé devrait être révélé, c’est-à-dire les objectifs de production à 15/20 ans qui rentabilisent (pour les investisseurs) le projet après remboursement des dettes et frais de fonctionnement.”

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5 commentaires sur “Contributions de nos adhérent·e·s à l’enquête publique

  • VILLEMIN Adèle

    Bonjour,

    Actuellement employé sur Ivry-sur-Seine, je ne souhaite pas voir un projet d’agrandissement de la déchèterie au sein de ma commune.
    Et ce pour plusieurs raisons :
    – Nous devons respecter les normes de la qualité de l’air, la santé de tous devant être une priorité !!
    – La pollution de l’air et des sols cause de nombreuses dégradations environnementales
    – 20% des cancers sont liés à la pollution industrielle

    Par ailleurs, une déchèterie géante ne devrait pas être à proximité d’habitation, de structures scolaires ou encore des hôpitaux !

    Ceci est une honte !

  • Brcie Leboucq

    Je suis favorable à cette implantation industrielle, pour 2 raisons :
    1) L’air parisien est deux fois moins pollué actuellement qu’en 2000, mais une “paranoïa anti-pollution” s’est emparée des esprits faibles ou hypocondriaques, qui succombent à une peur irrationnelle dans une quête de “pureté” intellectuellement et philosophiquement inquiétante.
    2) La posture “nimby” (Not In My Back Yard) est à la fois individuellement irresponsable et collectivement détestable et indéfendable.

    • Lombardi

      D’accord. Et l’air à Ivry est comment?
      Et il n’y a donc pas d’autre solution que de construire un incinérateur en ville?
      Ca ne mériterait pas une petite loi sur les conditionnement, je sais pas, qu’est-ce qui génère des déchets… les bouteilles en consignes comme en Allemagne? En Italie certaines communes ont financé l’achat de couches lavables pour bébés, pour économiser les déchets et le coût générés par les jetables (supérieur à l’achat de couches lavables)…
      Pourquoi ne favorise-t-on pas ce genre de choix? C’est impossible en France?

    • Massimo BRANCACCIO

      Bonjour Brcie Leboucq,

      Vos arguments sont hâtifs et pas assez étayés.

      1. Si baisse il y a eu dans les niveaux de pollution de l’air, elle n’est pas assez rapide pour éviter une catastrophe sanitaire estimée à 48 000 morts par an sur le territoire français par l’Organisation Mondiale de la Santé. L’air parisien reste deux fois plus pollué que les normes en vigueur sur la présence de NOx et particules fines, et ce n’est pas un constat personnel : la Commission Européenne a renvoyé la France devant la Cour de Justice de l’Union Européenne en mai 2018 pour le non-respect des normes de qualité de l’air.

      2. Si vous prenez le temps de lire deux lignes du blog, vous allez découvrir que la posture du collectif 3R n’est pas nimbyiste, mais plutôt constructive : ils proposent un scénario alternatif basé sur la prévention, la réduction à la source, le réemploi et le généralisation du tri. C’est un changement de paradigme sur le traitement et la gestion des déchets, nécessaire à l’époque du dérèglement climatique, cohérent avec une gestion raisonnée des ressources, en phase avec la réglementation nationale et européenne sur les déchets.